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Entreprendre en Suisse : 3 axes pour sortir de l’ombre
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DÉVELOPPEMENT PERSONNEL, SANTÉ AU TRAVAIL
Mis à jour le 20 mai 2026
Vous avez un projet d’indépendance dans la tête depuis des mois, parfois des années. Vous le tournez, vous le retournez. Vous lisez, vous suivez des comptes inspirants. Et vous ne vous lancez toujours pas. Ce blocage est plus fréquent qu’on ne le croit, et il a des causes précises.
Cet article s’adresse aux personnes en Suisse romande qui veulent entreprendre, qui portent un projet sans parvenir à le mettre en mouvement. Il propose trois axes de travail, validés par la recherche en entrepreneuriat et en psychologie, qui permettent de passer de l’idée à l’action durable. Pas trois recettes miracles, trois leviers réels.
Avant les axes, un mot sur ce qui ne marche pas
Internet est saturé de promesses d’enrichissement rapide adressées aux entrepreneurs débutants. La structure est toujours la même : un personnage emblématique raconte sa transformation, propose un contenu gratuit qui ouvre sur un produit payant, et promet la même réussite à qui suivra sa méthode. Ces dispositifs ont un nom dans la littérature marketing : ce sont des tunnels de vente. Ils ne sont pas illégitimes en soi, certains proposent même un contenu de qualité, mais leur logique est faussée par construction. Statistiquement, la personne qui réussit dans ce modèle est celle qui vend la méthode, pas celle qui l’achète.
L’entrepreneuriat n’a pas grand-chose à voir avec ces promesses. Entreprendre est un métier qui s’apprend dans la durée, qui exige des compétences techniques, relationnelles et stratégiques, et qui repose sur des principes étudiés depuis cinquante ans par la recherche académique. Trois de ces principes méritent une attention particulière pour quiconque cherche à passer de l’idée à l’action.
Axe 1. Agir avec ce qu’on a, plutôt que d’attendre les conditions idéales
Ce que dit la recherche : la logique de l’effectuation
Saras Sarasvathy, professeure à la Darden School de l’Université de Virginie, a passé plusieurs années dans les années 1990 à étudier comment les entrepreneurs expérimentés prennent leurs décisions. Elle a interviewé 27 entrepreneurs ayant fondé chacun au moins une entreprise cotée en bourse. Le résultat de ses travaux, publié en 2001 dans l’Academy of Management Review sous le titre « Causation and Effectuation », a profondément transformé l’enseignement de l’entrepreneuriat à travers le monde.
Sa découverte principale : les entrepreneurs experts ne fonctionnent pas selon une logique de causalité (définir un objectif, planifier les moyens, exécuter le plan). Ils fonctionnent selon une logique d’effectuation : partir de ce qu’ils sont, de ce qu’ils savent faire, des personnes qu’ils connaissent, et avancer pas à pas en transformant les contraintes rencontrées en ressources. Dans son échantillon, 65 % de ces entrepreneurs experts utilisent ce mode de raisonnement 75 % du temps.
Ce que cela change concrètement
L’effectuation invalide le mythe entrepreneurial dominant, celui du business plan parfait avant le lancement. Elle propose une approche radicalement différente : commencer maintenant, avec les moyens disponibles, à une échelle modeste, et ajuster en fonction de ce qui se passe. Pas une action héroïque, une action quotidienne et régulière.
La traduction pratique : une action concrète par jour, même petite. Envoyer un message à une personne qui pourrait être utile. Tester une formulation de son offre auprès de quelqu’un. Écrire trois lignes sur son projet. Au bout d’un an, ces 365 actions auront produit plus d’avancement que 365 jours d’attente du moment parfait. Et chaque action en révèle la suivante.
Axe 2. Construire son réseau, en commençant par les liens faibles
Ce que dit la recherche : la force des liens faibles
Le sociologue Mark Granovetter (Stanford) a publié en 1973 un article devenu classique en sciences sociales : « The Strength of Weak Ties ». Sa thèse, contre-intuitive à l’époque : les opportunités professionnelles, qu’il s’agisse d’emploi ou de clientèle, viennent davantage des connaissances éloignées (liens faibles) que des proches (liens forts). La raison est simple : les proches partagent à peu près la même information que vous. Les liens faibles, eux, accèdent à des cercles différents et vous exposent à de l’information nouvelle.
Cette théorie a été validée expérimentalement en 2022 dans la revue Science, par une équipe MIT-Harvard-Stanford-LinkedIn ayant suivi 20 millions de personnes sur cinq ans. Pour un entrepreneur qui démarre, c’est une donnée majeure : la majorité de vos premiers clients ne viendra pas de votre cercle proche, mais de connexions plus distantes que vous aurez cultivées.
Ce que cela change concrètement
Pour la plupart des entrepreneurs débutants, l’erreur n’est pas de manquer de réseau, c’est de chercher à atteindre tout de suite des cibles trop éloignées au lieu d’activer leur deuxième cercle. Les anciens collègues, les camarades de formation perdus de vue, les membres d’associations professionnelles, les personnes croisées sur des événements, sont précisément les liens faibles qui ouvrent des portes.
La règle pratique tient en deux gestes. D’abord, reprendre contact, sans agenda commercial immédiat, avec une dizaine de personnes que vous avez perdues de vue. Ensuite, parler de votre projet à voix haute, le décrire simplement, sans le vendre. Le bouche-à-oreille se construit sur ces deux gestes-là, pas sur des publicités payantes.
Dans le contexte suisse, où l’économie repose à plus de 99 % sur des PME et où la confiance personnelle pèse plus lourd que dans beaucoup d’autres marchés, ce travail relationnel n’est pas optionnel : c’est la voie d’accès principale au marché.
Axe 3. Apprendre en continu, avec une mentalité de croissance
Ce que dit la recherche : le mindset de croissance
Carol Dweck, psychologue à Stanford, a passé sa carrière à étudier ce qui distingue les personnes qui progressent durablement de celles qui plafonnent. Ses travaux, synthétisés dans Mindset: The New Psychology of Success(Random House, 2006), ont popularisé une distinction devenue centrale en psychologie de l’apprentissage : le fixed mindset (mentalité fixe), qui considère les compétences comme des dons innés, et le growth mindset (mentalité de croissance), qui les considère comme développables par l’effort et l’apprentissage.
Ses recherches établissent que la mentalité de croissance prédit mieux la performance à long terme que les capacités initiales. Les personnes qui considèrent leurs compétences comme améliorables apprennent plus vite, persistent davantage face à l’échec et atteignent des niveaux supérieurs à compétences de départ équivalentes. Pour un entrepreneur qui démarre dans un domaine nouveau, cette distinction est décisive : ce qui compte n’est pas ce que vous savez aujourd’hui, c’est votre capacité à apprendre ce que vous ne savez pas encore.
Ce que cela change concrètement
Apprendre, dans une démarche entrepreneuriale, ne signifie pas accumuler des formations en empilant les certificats. Cela signifie identifier précisément les compétences manquantes pour passer à l’étape suivante, et les acquérir de manière ciblée. Une heure de lecture sur la fiscalité de l’indépendant suisse vaut souvent plus que dix heures de webinaires généralistes.
La règle pratique : à chaque blocage rencontré, se poser la question « qu’est-ce que je ne sais pas encore qui m’empêche d’avancer ? », puis chercher activement la réponse. Cette discipline transforme chaque obstacle en un cycle d’apprentissage court. Au bout de quelques mois, l’écart entre vos compétences de départ et celles que vous avez acquises devient l’avantage concurrentiel le plus solide.
Quand un accompagnement structuré change la donne
Ces trois axes, simples à formuler, sont exigeants à pratiquer dans la durée. Beaucoup d’entrepreneurs débutants y adhèrent intellectuellement mais peinent à les inscrire dans leur quotidien. Trois raisons reviennent en cabinet : la solitude (personne avec qui penser à voix haute), l’inconfort (sortir de sa zone de confort sans cadre est éprouvant) et la dispersion (mille pistes ouvertes, aucune approfondie).
Le Coaching Focus est conçu précisément pour ce type de situation. Format court (6 à 10 séances), centré sur la clarification des priorités, la structuration des actions hebdomadaires et le maintien du cap dans la durée. Il ne remplace pas votre travail, il en accélère la trajectoire.
Entreprendre se construit, ne s’achète pas
Les promesses d’enrichissement rapide qui saturent l’espace numérique masquent une réalité plus sobre et plus exigeante. Entreprendre durablement repose sur trois principes documentés depuis des décennies : agir avec ce qu’on a, cultiver son réseau de liens faibles, apprendre de manière ciblée. Ces principes ne sont pas glamour, ils sont efficaces.
Sortir de l’ombre, pour qui veut entreprendre, ce n’est pas attendre d’être prêt. C’est commencer maintenant, à petite échelle, en parlant à des personnes réelles, et en apprenant à chaque étape. Le reste se construit pas à pas, à condition de tenir la durée. C’est précisément ce que le coaching peut soutenir.
Références scientifiques citées
Sarasvathy, S. D. (2008). Effectuation: Elements of Entrepreneurial Expertise. Cheltenham: Edward Elgar Publishing.
Dweck, C. S. (2006). Mindset: The New Psychology of Success. New York: Random House.
Granovetter, M. S. (1973). The strength of weak ties. American Journal of Sociology, 78(6), 1360-1380.
Rajkumar, K., Saint-Jacques, G., Bojinov, I., Brynjolfsson, E., & Aral, S. (2022). A causal test of the strength of weak ties. Science, 377(6612), 1304-1310.
Sarasvathy, S. D. (2001). Causation and Effectuation: Toward a Theoretical Shift from Economic Inevitability to Entrepreneurial Contingency. Academy of Management Review, 26(2), 243-263.